Identité juive et maladies mentales, pathologies

Les lignes qui suivent sont issues de la thèse de doctorat en psychologie clinique du Rabbin Haïm Harboun intitulée : « Identité juive et maladie mentale » passée sous la direction du professeur Henri Baruk, l’un des fondateurs de l’ethno-psychiatrie moderne à Charenton puis à Sainte-Anne.

Quelques réflexions tirées de la thèse du Rabbin Haïm Harboun :

Le cri, Edvard Munch

Dès la première enfance, les faits sociaux et en particulier le sentiment d’appartenance à certains groupes constituent les facteurs les plus fondamentaux de la vie de l’enfant au cours de son développement, ce que l’individu va considérer bien ou mal, ses désirs et ses buts. La prise de conscience du monde dans lequel l’enfant vit, dépend du fondement psychologique sur lequel il se trouve. »

Ajoutons également que l’appartenance à un groupe constitue un élément d’équilibre, dans la mesure où elle évite les méfaits de la solitude. Un Juif peut se trouver isolé de toute communauté, mais le fait de s’identifier avec cette communauté, même éloignée, lui donne un sentiment de communion et d’appartenance. Car, parfois, la solitude morale peut entraîner des états morbides.

[…]

Rudolph Lowenstein dans Psychanalyse de l’antisémitisme, paru en 1952 (PUF) rapporte le cas de Bernard Lazare qui, bien que n’ayant jamais personnellement été en butte aux persécutions, n’en a pas moins, du fait de son identification au groupe minoritaire, acquis toutes les façons d’agir des persécutés.

Charles PEGUY a fait le portrait de Bernard Lazare en ces termes :

« Un homme qui sautait sur un journal, sur les 4 pages, sur les 6 ou 12 pages, d’un seul regard, comme la foudre ; un être qui saisissait en une ligne et dans cette ligne il y avait le mot “Juif” ; un cœur qui saignait en lisant ce mot, un cœur qui saignait dans cet écho, ce journal, ce morceau d’article, sur un filet, une dépêche, un routier du journal, un vieux journaliste, un vieux journal, un morceau d’article, un filet, cette dépêche, cette ligne qui blanchissait sur un écho qu’il trouvait dans tous les ghettos du monde… un cœur qui saignait en Russie, en Argentine, en Amérique et en Turquie ; un cœur qui saignait en Roumanie, et en Hongrie, partout où le Juif est persécuté. C’est à dire en tout, partout.

Ainsi est le Juif, un tremblement de tête, un frisson tendu… une injure et c’est pour toute une race, tout un monde sur les épaules… une race de cinquante siècles vouée aux bêtes. »

Il est certain que la vie difficile et inorganisée menée par ces Juifs d’Europe de l’Est dans leur pays d’origine a déjà préparé le terrain à un déséquilibre plus profond. Ces Juifs vivaient isolés et séparés moralement et culturellement des populations environnantes.

De là, dit Rudolph Loewenstein : “une sorte d’appréhension constante, d’attitude défensive qui conduit un individu à vouloir toujours se justifier, se réhabiliter, à prouver son innocence (même lorsqu’on ne l’accuse point).”

Chez certains Juifs, qui ont vécu toute leur vie dans une atmosphère de persécutions continuelles, il en résulte l’attitude qui consiste à attribuer tous ses déboires, tous ses échecs, à l’antisémitisme, sans songer même qu’ils pourraient également être dus à des inaptitudes personnelles.


Le mariage mixte apparaît comme la première des causes des troubles mentaux dans le cas où le conjoint non juif présente une personnalité très ferme, qui domine le conjoint juif. Dans ce cas seulement, la paix du ménage ne peut être obtenue que par des concessions de la part du conjoint juif.

Celui-ci, entre très souvent en conflit avec toute sa famille. La naissance d’un garçon est l’occasion d’un conflit. Le conjoint non juif s’oppose généralement à la circoncision. L’éducation des enfants entraîne de la part du conjoint juif de nouvelles concessions. La mentalité de « victime » s’accentue de jour en jour.

Nous avons vu plusieurs fois que le fait d’être victime prédispose à des désordres psychiques.

Rudolf LOTHENSTEIN dit à ce sujet : « Certaines formes de l’antisémitisme s’expliquent par une réaction de défense contre des « fautes juives », le « juif souffre » de défauts qu’il ne se sent pas assimilé que lui.

Il lui trouve certains « défauts juifs », tels que le manque de tact, l’arrogance, le besoin de mettre en valeur sa personnalité, etc….

Il lui en veut et il a honte de lui. Il le déteste comme on déteste un parent pauvre qui vous ridiculise, ou un membre de votre famille vous déshonore. Car il a beau se sentir totalement différent, il subsiste un certain lien secret entre lui et cet autre juif, lien qui consiste en ceci : que chacun des deux se sent responsable des fautes de l’autre. »

Cette réaction se produit d’ailleurs dans les groupes minoritaires. Mais chez les juifs, elle est beaucoup plus accentuée, parce qu’ils savent que l’entourage non juif attribuera inévitablement les caractères déplaisants de tel individu à tous ses coreligionnaires.

D’où leur extrême sensibilité à l’égard des fautes de ceux de leur « propre famille ». Parfois, au contraire, ils prennent le contre-pied de cette attitude et par là, exagèrent un certain sans gêne que l’entourage ne leur pardonne pas. »

Mariages mixtes

Le mariage mixte apparaît comme la première des causes des troubles mentaux dans le cas où le conjoint non juif présente une personnalité très ferme, qui domine le conjoint juif. Dans ce cas seulement, la paix du ménage ne peut être obtenue que par des concessions de la part du conjoint juif.

Celui-ci, entre très souvent en conflit avec toute sa famille. La naissance d’un garçon est l’occasion d’un conflit. Le conjoint non juif s’oppose généralement à la circoncision. L’éducation des enfants entraîne de la part du conjoint juif de nouvelles concessions. La mentalité de « victime » s’accentue de jour en jour.

Nous avons vu plusieurs fois que le fait d’être victime prédispose à des désordres psychiques.

La vie juive tend entièrement, non comme le pensait Freud, à comprimer les désirs de l’homme par un arsenal de tabous, mais à libérer la personnalité de l’individu en lui imposant une règle de conduite.

Il arrive que le juif même assumant pleinement son identité juive, soit atteint de maladie mentale. En l’absence de statistiques précises, se rapportant exclusivement aux juifs classés selon leur niveau d’adhésion à l’identité juive, on est réduit à des conjectures.

Cependant, le Pr Baruk a, dans sa longue expérience à la maison nationale de St Maurice, connu plusieurs cas de juifs authentiques. Il s’avère que chez la totalité de ces malades, leur vie, profondément juive, a entraîné une atténuation de la maladie. Le diagnostic de schizophrénie s’est avéré sans fondement. Ces malades étaient atteints de forme de dépression atypique relevant de la psychose périodique et dont la guérison et parfois même la transformation plus ou moins en accès d’hyperactivité, prend un aspect spectaculaire et parfois même miraculeux.

Ce phénomène s’explique par la résurgence de la personnalité juive par réaction interne du malade. Cette résurgence apporte avec elle sa dose de moralité, de volonté inhérente à une vie juive antérieure intégrale.

Parmi les nombreux malades juifs authentiques, le Pr Baruk nous a communiqué le cas d’un chirurgien juif éminent.


« Le judaïsme, disait Heine, n’est pas une ‘religion mais un malheur’. » Ceci est peut-être vrai pour Heine et pour tous ceux qui ont trouvé le « fardeau » du judaïsme trop lourd. Par contre, pour ceux qui ont volontairement assumé leur identité juive, le judaïsme s’est avéré un véritable facteur de bonheur. Ceci se vérifie encore dans le domaine des maladies mentales.

D’après l’étude de centaines de cas de malades juifs, par notre maître le Pr Baruk, on peut tirer d’ores et déjà trois constatations :

1) Les juifs marginaux, pour qui le judaïsme se limite exclusivement à une question de naissance mais qui n’ont reçu aucune éducation juive, la « locomotion assimilatoire » (pour reprendre une expression de Dov Ségal) peut aboutir à l’identification au groupe majoritaire sans verser dans la maladie mentale.

2) En ce qui concerne les juifs qui ont reçu une éducation juive, ambiguë, où l’on a tenté de concilier, par des concessions multiples, l’adaptation au groupe majoritaire, en cas d’assimilation ou d’identification à ce même groupe majoritaire, le judaïsme peut constituer un facteur de déséquilibre psychique.

3) Pour les juifs authentiques, assumant pleinement et fièrement leur identité juive, en cas de maladie mentale, d’ordre purement biologique, le judaïsme constitue un facteur sinon thérapeutique, du moins modérateur de la maladie

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