Religion-Nation dans la Bible

Les lignes qui suivent sont issues de la thèse de doctorat en psychologie clinique du Rabbin Haïm Harboun intitulée : « Identité juive et maladie mentale » passée sous la direction du professeur Henri Baruk, l’un des fondateurs de l’ethno psychiatrie moderne à Charenton puis à Sainte-Anne.

Bible 1873 – Ruth et Naomi

Le premier élément constitutif de l’identité juive, à côté de l’héritage du statut de la mère, est la non distinction entre l’aspect purement religieux et l’aspect national.

Ce qui explique que des non pratiquants s’identifient au judaïsme, non plus par sa face religieuse mais par son aspect historique et national. Toutefois, cette distinction est apparue à partir de la création de l’État d’Israël. Quant à la doctrine elle-même, elle ignore tout clivage.

Nous allons étudier cet aspect, dans les trois sources du judaïsme : la Bible, le Talmud et la Prière. Commençons par la Bible.

Le fondement de l’entité indivisible de la nationalité et de la religion est le texte de Ruth (1) : « Ton pays sera mon pays et ton Dieu sera mon Dieu ». Cette union indivisible de la nationalité et de la foi religieuse au moment de la conversion s’exprime encore dans les versets suivants[2]: « Et Booz lui répondit : « Il m’a été pleinement rapporté tout ce que tu as fait pour ta belle mère depuis la mort de ton mari et que tu es venue vers un peuple tu ne connaissais pas jusque là. Que le Seigneur bénisse ton ouvrage, sous pleine récompense t’est due par le Seigneur, Dieu d’Israël, sous les ailes duquel tu es venue prendre refuge ». Ces deux principes sont apparents : « Vers un peuple que tu ne connaissais pas » – ce qui implique la nationalité « sous les ailes duquel tu as pris refuge » implique religion et foi.

Cependant, Ruth n’a fait que suivre une tradition bien assise chez les hébreux depuis Abraham. C’est chez ce dernier que le pays et Dieu ont été indissociables pour la première fois[3]. « Je te donnerai, dit Dieu à Abraham, ainsi qu’à tes descendants après toi, le pays de ton séjour, tout le pays de Canaan ; un héritage perpétuel », « je serai aussi leur Dieu ».

On voit comme chez Ruth, le pays et Dieu fondus en une même unité. La même promesse fut renouvelée à Isaac et à Jacob dans les mêmes termes. À Isaac, Dieu dit[4]  : « Séjourne dans ce pays, je serai avec toi et je te bénirai ». À Jacob [5] : « Voici que je suis avec toi….. et je te ramènerai dans ce pays ».

Quant à Moïse, il ne conçoit pas la vie dans le pays. Sans la fidélité aux prescriptions de Dieu [6]:

« Tu observeras ces lois et ces commandements que je te prescris aujourd’hui pour ton bonheur et celui de tes enfants après toi, afin que ton existence se prolonge sur cette terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne à perpétuité ».

Les rabbins ont souvent soulevé le problème de l’emplacement du cinquième commandement relatif au respect des parents qui est placé à droite des tables de la Loi, au même titre que les lois qui régissent les rapports entre l’homme et Dieu.

Ce commandement aurait été à sa place dans la partie gauche avec les lois qui régissent les rapports entre les hommes. C’est que le respect des parents est semblable au respect de Dieu. La preuve en est que le texte évoque pour le respect des parents ce qui est généralement réservé à Dieu, à savoir : « Afin que tes jours se prolongent sur la terre, que l’Éternel, ton Dieu, te destine »[7].

Lorsque Salomon eut achevé de bâtir le temple, il réunit le peuple et évoqua devant eux cette notion de nation-religion. Cette fois, le roi conditionne le bonheur de la nation à une stricte observance des préceptes divins. La nation cessera d’exister avec la disparition de sa stricte observance.

« Si vous vous détournez de moi, vous et vos descendants, si vous négligez d’observer mes préceptes et les lois que je vous ai donnés et que vous alliez servir des dieux étrangers et vous prosternerez devant eux, je ferai disparaître Israël de la face de la place que je lui ai donnée » [8].


Cette idée, exprimée par Salomon, n’est qu’un principe général déjà mentionné presque dans tout le Deutéronome. Moïse a souvent mis comme condition à la pérennité du peuple, le respect scrupuleux de la loi de Dieu. La dispersion est inscrite dans le Deutéronome, dans plusieurs chapitres, comme conséquence du non respect des commandements de Dieu. Les prophètes et en premier lieu Isaïe, ont aussi exprimé des opinions semblables. Il serait trop long de citer ici tous les textes. Précisons tout simplement que, l’insistance avec laquelle la Bible parle de la terre comme une simple récompense de la fidélité à Dieu, a été déterminante par la suite sur les études talmudiques. En effet, le Talmud va définitivement conférer un caractère de fusion totale entre le pays et la religion, caractère qui rejaillira plus tard sur la structure de la prière juive.


[1] Ruth, Chap. I, 16

[2] Ruth, Chap. II, 11, 12.

[3] Genèse – XVII, 8.

[4] Genèse – XXVI, 3.

[5] Genèse – XXVIII, 15.

[6] Deutéronome IV, 40.

[7] Deutéronome V, 16.

[8] I Rois IX, 6 – 7.

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