Les lignes qui suivent sont issues de la thèse de doctorat en psychologie clinique du Rabbin Haïm Harboun intitulée : « Identité juive et maladie mentale » passée sous la direction du professeur Henri Baruk, l’un des fondateurs de l’ethno-psychiatrie moderne à Charenton puis à Sainte-Anne.
Le premier élément constitutif de l’identité juive, à côté de l’héritage du statut de la mère, est la non distinction entre l’aspect purement religieux et l’aspect national.
Ce qui explique que des non pratiquants s’identifient au judaïsme, non plus par sa face religieuse mais par son aspect historique et national. Toutefois, cette distinction est apparue à partir de la création de l’État d’Israël. Quant à la doctrine elle-même, elle ignore tout clivage.
Nous allons étudier cet aspect, dans les trois sources du judaïsme : la Bible, le Talmud et la Prière. Nous continuons avec le Talmud.

Nous laisserons de côté tous les textes à caractère juridique relatifs à la nation-religion, pour étudier seulement les textes tirés de la AGADA. Ces derniers ont le mérite de dévoiler l’âme juive véritable et l’idée de nation. La première préoccupation des rabbins a été de justifier la conquête d’Israël afin que le judaïsme ait un cadre national.
Rabbi Itshak dit: « La torah aurait dû commencer par : « ’Ce mois, pour vous, sera le premier mois de l’année’[1]. C’est en effet le premier commandement ordonné à Israël ». Pourquoi donc la Torah débute-t-elle par « Au commencement, Dieu créa » ? À cause de la puissance de ses hauts faits, Il a révélé à son peuple en lui donnant « l’héritage des nations »[2] de manière que nos nations reprochent à Israël d’être un peuple de pillards, (pour avoir conquis un pays appartenant à sept peuples), Israël peut répondre : « Tout l’Univers (et ce qu’il contient) appartient à Dieu. C’est Lui qui l’a créé et Il l’a confié à celui qu’il a trouvé juste à ses yeux. Il vous l’a donné volontairement et volontairement, Il vous l’a enlevé pour nous le donner » [3].
Rabbi Siméon Ben Yohaï dit : « L’Éternel a fait trois présents à Israël, mais, à la suite de grandes souffrances : la Torah, le pays d’Israël et le monde futur. Quelle preuve a-t-on pour la Torah ? Il est écrit : « Heureux, l’homme que tu redresses Éternel et que tu instruis dans ta Loi » [4]. Quelle preuve a-t-on pour le pays d’Israël ? Il est écrit : « Tu reconnaîtras donc en ta conscience que si l’Éternel, Dieu, te châtie, c’est comme si un père châtiait un fils… Car l’Éternel, ton Dieu, te conduit dans un pays fertile, un pays plein de cours d’eau, de sources et de torrents » [5]. Et pour le monde futur, il est écrit[6] : « Car le devoir est un flambeau, la Torah une lumière et la conduite de la vie, les reproches de la morale ».
« Trois choses, disent les rabbins, ont été données sous condition, à savoir : « Le pays d’Israël, le Temple et la dynastie de David »[7].
Pour le pays, il est écrit[8] : « Prenez garde de peur que votre cœur ne soit séduit. Vous vous écarterez et vous servirez d’autres dieux et vous vous prosternerez devant eux ; Alors la colère de Dieu s’enflammera contre vous… et vous périrez promptement dans le pays que Dieu vous donne« [9].
Nos maîtres ont dit : « On doit toujours habiter Israël même dans une ville où la majorité des habitants n’est pas juive et que l’on habite certainement pas en dehors d’Israël même dans une ville où la majorité des habitants est juive. Car celui qui fixe sa demeure en Israël, ressemble à quelqu’un qui a un Dieu et celui qui habite hors d’Israël est un athée ».
Comme il est écrit [10]: « Pour vous donner le pays de Canaan afin d’être pour vous un Dieu ». Mais peut-on vraiment affirmer que celui qui habite hors d’Israël n’a point de Dieu ? C’est pour dire, que toute personne habitant hors d’Israël est considérée comme si elle adorait les idôles. Il est écrit à propos de David[11]: « Ils m’ont empêché en me chassant de m’attacher à l’héritage de l’Éternel et m’ont dit : « Va servir des dieux étrangers »[12].
« Et je te donnerai à toi et à ta postérité, la terre de pérégrinations, toute la terre de Canaan…. et je serai pour eux un Dieu« [13].
Rabbi Youdane disait : « Si tes enfants rentrent en Israël ils auront ma divinité et sinon, ils ne l’auront pas »[14].
Rabbi Simlaï avait l’habitude de dire : « Pourquoi Moïse désirait-il tellement entrer en Terre Sainte ? Est-ce pour manger de ses fruits et de se rassasier de son abondance ?
Non, il n’avait pas besoin de cela. Il voulait tellement y entrer parce qu’il s’est dit : « De nombreuses lois sont attachées à la Terre Sainte. Si je n’y entre point, leur accomplissement est impossible »[15].
Rabbi Levy disait : « Moïse suppliait Dieu pour le laisser entrer en Terre Sainte, ces termes étant les siens : « Maître du monde, les ossements de Joseph ont mérité le grand privilège d’être enterrés en Terre Sainte. Pourquoi ce privilège m’est-il refusé à moi ? »
Le Saint, béni soit-il, lui répondit : « Celui qui n’a pas renié son pays sera enterré dans son pays ; mais celui qui a dissimulé ses origines, ne sera pas enterré dans son pays » [16]
L’attachement à Israël déconcerte parfois certains. Il constitue pourtant l’aspect le plus tenace de l’identité juive.
L’élément national intimement lié à l’élément religieux avait perdu son importance à la suite de la perte du cadre national. Les juifs, cependant, ont toujours manifesté un attachement à cette face de l’identité juive, en cultivant le culte du pays perdu.
[1] Exode XII, 2
[2] Psaumes 111, 6
[3] Berechitt Rabba I – Yalkout Chimoni parachatt bo – Rachi sur Berechitt Rabba I.
[4] Psaumes 94, 12
[5] Deutéronome VIII, 5, 6
[6] Proverbes VI, 23
[7] Bera’hott VIII, 71
[8] Deutéronome XI, 16-17
[9] Me’hilta sur Yithro.
[10] Lévitique 25, 38
[11] I Samuel XXVI, 19
[12] Ketoubott 110
[13] Genèse 17-8
[14] Berechitt Raba 46.
[15] Sota XIV
[16] Devarim Rabba 2 – Lorsque Moïse s’était présenté aux filles de Jethro, il s’était présenté comme un égyptien, par contre Joseph avait dit qu’il était un hébreu.
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