Vers un Sionisme spirituel

Par Didier Long

Il est probable que le mouvement mondial de détestation des « sionistes » dans le monde entier soit seulement à son début. Et que cette nouvelle vague mondiale signe le retour à Sion de l’ensemble du peuple juif, celui-ci vivant bientôt en majorité dans l’Etat d’Israël.

C’est une réalité mystique mais surtout démographique. Un mouvement est inéluctable.

En 1880 alors que commence le projet sioniste politique les Juifs d’Europe représentaient 88% de la population mondiale juive. Nous sommes aujourd’hui seulement 9% des Juifs dans le monde.

En 2025 les “core Jewish” (personnes s’identifiant comme juives, sans double allégeance religieuse), sont environ 15,8 millions, soit environ 0,2 % de notre planète. En Israël en 2025, on recense 7,2 millions de Juifs “core” sur les 15,8 millions de juifs dans le monde, soit approximativement 45–46 % de la population juive mondiale. La population d’Israël devrait passer de ≈ 9,7 M en 2022 à environ 15,9 M en 2050 en scénario médian.

Comment les 9% de juifs qui restent en Europe (80% avant guerre), trahis de toute part par leurs gouvernement incapables ou qui n’ont plus la volonté de les protéger, ne pourraient pas quitter cet Europe qui en a déjà exterminé 6 millions ? Alors que la chasse aux juifs a commencé en Europe à Amsterdam, Paris ou Birmingham.

Le retour à Sion n’est donc plus seulement une bénédiction de la Amida mais un phénomène statistique. Le retour des juifs, du peuple juif sur sa terre semble inéluctable. Pour des raisons de sécurité, de statistiques et de nouvel antisémitisme mais plus profondément pour des raisons spirituelles.

Le nouvel antisémitisme n’est pas religieux comme l’antisémitisme chrétien, il n’est pas nationaliste comme l’Inquisition espagnole, ce n’est pas un seul Etat comme le 3eme Reich, il n’est pas une idéologie politique de masse comme l’antisémitisme de Staline. Le nouvel antisémitisme peut être religieux comme l’islamisme, suprématiste de droite comme aux US, ou décolonial d’extrême gauche comme sur les campus Européens et américains, ou politique comme le palestinisme de gauche, ou à usage de politique intérieure envers les musulmans, il concerne des gouvernements (L’Afrique du sud, l’Espagne, La France ou la Cosre), mais aussi des ONG (UNRWA), des entreprises (comme Vueling) ou des individus.

L’antisémitisme né à partir du 7 octobre est globalisé, multiforme, il fait de tout juif un sioniste, c’est à dire un colonisateur, blanc, génocidaire, donc quelqu’un qu’il est légitime de persécuter et éventuellement de tuer. Dans l’intersectionnalité des luttes le juif est l’archétype et le denominateur commun de ce qui doit être hai.

L’antisionisme militant qui manifeste partout sur la planète se range derrière le fanal de rassemblement du drapeau palestinien. Chacun est devenu un palestinien, c’est à dire une personne qui peut conjurer la frustration de son désir d’exister en se projetant dans la figure d’un palestinien opprimé. Le juif du 21ème siècle est Palestinien, tout juif est un génocidaire, c’est à dire un nazi. Par un retournement de pensée pervers.

La progéniture des juifs est un danger public comme l’a souligné le communiqué de Vueling et elle est forcément israélienne (puisque juive) selon le ministre des transports espagnol. Peut importe que ces enfants soient français, un enfant juif est un israelien donc un sioniste en puissance. S’en prendre à lui physiquement est une question de sécurité publique. A grande paranoïa, dangereux ennemi imaginaire.

Les juifs sont donc simplement une tribu sémite parlant l’araméen ou l’arabe, parmi d’autres tribu du Moyen Orient nomade qui « reviennent à la maison ». Ils n’ont pas d’autre but spirituel que de vivre en fraternité avec leurs voisins. Nous sommes des orientaux et notre destin ne peut être réduit aux décolonisations, affrontements nord/sud global ou manipulations internes des gouvernements européens en panne. Ce que comprennent parfaitement les autres royaumes arabes : Arabie Saoudite, Maroc, Emirat Arabes Unis…

Les 3 millions de mort de la seconde guerre du Congo (1998-2003), les 610 000 morts de la guerre civile en Syrie (2011), les 600 000 morts en Ethiopie (2020-2023), les 150 000 morts et 13 millions de déplacés au Soudan (2024-2025), n’intéressent pas les nouveaux antisémites. Leur obsession est Israël. Ou plutôt la solution finale de l’Etat d’Israël, c’est à dire du peuple juif.

L’Etat d’Israël, dernier rempart contre la folie antisémite des pogroms russes depuis Hertzl, devenu un refuge pour les rescapés de la Shoah, qui a fait fleurir un désert multimillénaire en ramenant le peuple juif sur sa terre est l’obsession des nouveaux antisémites. La soi-disant Palestine doit s’étendre du Jourdain à la mer, c’est à dire rayer l’Etat d’Israël de la carte.

Tout juif européen est aujourd’hui sommé de choisir : soit il refuse l’Etat d’Israël et devient un juif sans terre promis à la Jérusalem céleste, prié de cacher sa Kippa en public et d’oublier sa Torah…. c’est à dire un chrétien, soit il est un « sioniste » et dans ce cas il peut choisir la valise ou éventuellement le ghetto.

Tout juif étant un « sioniste », c’est à dire un colon, c’est à dire un mâle blanc exterminateur, un nazi qui tue des palestiniens, un fils de génocidé devenu un génocidaire, dans une rhétorique qui retourne la charge de la preuve, il devient permis de le tuer. C’est cela que signifie « l’antisionisme », ni plus ni moins. Et bien sûr il convient d’éradiquer le mal d’où il vient, de l’Etat d’Israël dernier refuge des ces juifs dont la seule présence explique à nouveau la crise générale, la déréliction du sud global, la mondialisation qui tue les cultures locales, etc…

Le Palestinien est devenu le » juif » du 21eme siècle et le Palestinisme la nouvelle idéologie qui remplace le christianisme, le marxisme, le capitalisme, l’islamisme. Quand l’homme ne croit plus à rien… il finit par croire n’importe quoi…

Le Palestinisme cette nouvelle religion créé de toute pièce par l’Iran comme un proxi à son service fonctionne comme toutes les idéologies antisémites du nazisme au communisme. Il s’agit de victimiser le nouveau croyant pour le transformer en zombie d’ambitions obscures.

La reconnaissance de la Palestine par les gouvernements européens vise seulement à détourner l’attention de l’opinion de leur échec pour créer une Europe prospère. Mais surtout elle est une manière de contenir la colère de leur rue arabe.

La reconnaissance de la Palestine sur la base des accords d’Oslo n’arrivera tout simplement pas. Car solution à deux Etats des accords d’Oslo signés le  9 septembre 1993, entre Yasser Arafat, dirigeant de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP),  et le premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, qui consacrait la solution dite « à deux États » (two state solution) est desormais une illusion. Après le refus palestinien de multiples fois réitéré, après le 07 octobre, réaffirmer cette solution poussée par les occidentaux est simplement de la naiveté ou du cynisme.

En réalité, la soi-disant Palestine est le nom d’une province romaine où ont vécu des tribus sémites puis arabes, des croisés chrétiens, mais aussi des anglais, des Turcs ottomans… depuis 2000 ans. Le Palestinisme, s’est construit comme une fiction en mode décolonial montée par Yasser Arafat, un égyptien, au lendemain de l’arrivé de l’Ayatollah Khomeini à Téhéran en 1979. Il ne permettra pas plus de résoudre les problème arabes  que le socialisme ou le nationalisme arabe.

La « reconnaissance de la Palestine » par les gouvernements mondiaux ne fait qu’exacerber le conflit tout en mettant une cible dans le dos aux juifs de la diaspora pour leur dire de partir. Car quelle autorité reconnaitre ? L’Autorité palestinienne complètement demonetisee et corrompue jusqu’à la moelle ? Les terroristes du Hamas ? Des nazis religieux qui ont fait de l’extermination des juifs et de l’Etat d’Israël leur acte de naissance et un projet pour leur population ? Un hypothétique nouveau pouvoir à faire sortir des prisons israéliennes (comme les sinistres Sinwar) ?

En réalité des personnes de multiple origines : jordanienne, égyptienne, bédouine vivent à l’ouest du Jourdain…, au delà d’un ligne verte qui n’a plus de sens puisque 20% d’arabes vivent en Israël et 500 000 juifs en Judée Samarie.

Théodore Herzl, alors journaliste autrichien, couvrait le procès Dreyfus et a vu sa dégradation dans la cour des Invalides à Paris. On en a conclu que le sionisme était seulement une réaction à l’antisémitisme européen.

L’idée que les fondateurs du sionisme politique et du sionisme travailliste seraient en réalité des athées coupant avec leurs propres racines juives religieuses est fausse. Ahad Ha’am (Asher Ginsberg) – Père du sionisme culturel; Theodor Herzl (1860–1904) – Fondateur du sionisme politique; Ber Borochov (1881–1917) – Fondateur du sionisme marxiste, David Ben Gourion (1886–1973), Golda Meïr ou Moshe Dayan – Premier ministre d’Israël… étaient peut-être athées… ils n’en ont pas moins transmis le projet biblique de retour à Sion et de construction d’un Etat juif, qui est au cœur du destin et de l’histoire juive depuis la Bible et de toute la tradition d’Israël.

La Terre d’Israël (Eretz Israël) n’est pas simplement une patrie pour les Juifs, mais un élément essentiel de l’âme du peuple juif. Elle n’est pas interchangeable. Il n’y a pas de judaïsme complet sans Eretz Israël.

En réalité et contrairement à ce que croient les juifs de diaspora qui ont fini par se penser à travers la vision chrétienne d’Europe, la religion juive n’est pas un vague sentiment, une foi ou quelques habitudes alimentaires et religieuses compatibles avec une vie laïque de façade. Le projet juif depuis la Bible en passant par le Talmud et toute la tradition n’est pas possible sans réunir une torah, une terre et un peuple. La dimension collective n’est pas anecdotique mais constitutive de l’identité juive. Abraham n’aurait pas pu recevoir la Torah car il était seul. Elle fut reçue au Sinaï par le peuple pour être pratiqués sur la terre promise où elle prendrait enfin sens (et non pas au désert).

Le projet sioniste de l’Etat d’Israël et donc fondamentalement religieux. Ça ne signifie pas une quelconque théocratie sur un mode iranien mêlant une religion obscure avec une dictature sanglante, mais un Etat moderne post hégélien. Theodor Herzl, Léon Pinsker, Moses Hess, ont puisé dans la pensée de Hegel — et elabore un premieg sionisme politique via l’idée hégélienne de l’État comme forme d’accomplissement historique du peuple.

La conception sioniste de Gershom Scholem dans son journal de jeunesse (publié sous le titre Quitter Berlin, Journal de jeunesse 1913-1917) montre le chemin d’un sionisme non seulement politique mais aussi profondément spirituel, culturel et révolutionnaire, en opposition radicale au sionisme bourgeois et assimilationniste de nombreux Juifs allemands de son temps.

« Je hais la bourgeoisie juive allemande », écrit-il.

Le jeune Gerhardt, 16 ans, reproche à cette classe son refus de reconnaître son altérité juive, sa lâcheté politique et son vide spirituel.

Pour Scholem, le sionisme ne doit pas être uniquement un projet politique de création d’un État, mais un renouveau mystique et culturel du judaïsme. Il voit dans le retour en Eretz-Israël la possibilité de régénérer l’âme juive.

Il ne s’agit pas simplement d’aller vivre en Palestine, mais de recréer une culture juive authentique, nourrie d’hébreu, de Kabbale, de pensée juive — en rupture avec la décadence européenne.

Scholem a la passion de l’hébreu. Il y voit la clé de la renaissance du peuple juif. L’hébreu n’est pas pour lui une langue utilitaire, mais un véhicule spirituel, porteur de mystère et d’une puissance de renouvellement.

On se rappelle qu’un certain Eliézer ben Yéhouda (1858 – 1922) décida un jour de « parler la langue hebraique sur la terre des pères ». Un pur rêve délirant à l’époque, alors qu’Herzel pensait que chacun garderait sa langue maternelle dans le nouvrl Etat juif. Cette habitation du génie de la langue fit de l’hébreu une langue quotidienne de la rue et la langue d’échange du nouvel État juif.

Scholem rejettait le sionisme politique d’un Herzl, qu’il jugeait trop pragmatique et déconnecté de la dimension existentielle du judaïsme. Il se rapprochait davantage d’un sionisme culturaliste, proche de celui d’Ahad Ha’am, mais en y ajoutant une dimension mystique et messianique.

Scholem dans son journal croit en une minorité juive éclairée, révolutionnaire, cultivée qui mènera le peuple à sa régénération. Son sionisme est anti-populiste, anti-religieux dans sa forme traditionnelle, mais profondément religieux dans sa quête de vérité et d’absolu.

Le Rav Abraham Isaac Kook (1865–1935), à la même époque (1920) a tenté une synthèse assez proche entre sionisme et judaïsme religieux. Le sionisme de ce premier grand rabbin ashkénaze du Yishouv en Eretz Israël, est unique et profondément messianique, mystique et théologique. C’est un sionisme religieux original qui réconcilie :

  • la modernité du mouvement sioniste (des « bâtisseurs non croyants », « Même les péchés des bâtisseurs sont sacrés », écrit-il dans Orot -« Lumières », son œuvre centrale), avec une vision spirituelle et mystique de l’histoire juive.
  • Il ne s’agit pas d’un « messianisme délirant » comme le critiquent ses détracteurs mais d’un judaïsme pragmatique et modéré, ouvert et tolérant même dans ses implications politiques (exemple : coexistence avec les arabes). Non pas un messianisme apocalyptique illuminé, mais un processus graduel de découverte spirituelle d’un peuple enfin réuni. Kook parle de processus du « début de la rédemption » – Atḥalta deGeoula). L’État d’Israël est démon lui le début de la fin de l’exil.

Le sionisme est un projet en construction. Celui vers lequel nous désirons aller est :

  • Anti-assimilationniste, non bourgeois.
  • Un dépassement du sionisme politique pragmatique
  • Mystique, culturel et révolutionnaire : la renaissance nationale précède la renaissance religieuse, une renaissance  intérieure et progressive
  • Inclusif, intégrant les composantes religieuses ou non et le judaisme dans toutes ses composante, profondément marqué par l’amour d’Israël (Ahavat Israël).
  • Intégrant la terre d’Israël comme une réalité spirituelle essentielle
  • Axé sur l’hébreu, la tradition juive profonde (torah) et modérée.